Antoine Cassani : « J’ai atteint mes objectifs »

Après six ans à la tête de l’équipe première, l’entraîneur de l’ASDAM voulait retrouver du temps pour ses proches et garantir la progression du groupe à son successeur. Antoine Cassani quitte donc ses fonctions avec le sentiment du devoir accompli. Son brillant passage aura notamment été marqué par le retour du club en R2 et une aventure humaine extraordinaire. 

Comme le dit l’adage, toutes les belles choses ont une fin. Arrivé en 2020 pour succéder au charismatique Cédric Marchetti, l’entraîneur Antoine Cassani n’arrivait pas en terre inconnue à l’Asdam. Mais son dévouement au cours des six dernières années laissera, à coup sûr, une empreinte indélébile sur le club et ses joueurs. Autant de performances et de souvenirs qui méritaient d’être racontées de l’intérieur avant de prendre un peu de repos.

Avant d’être entraîneur, tu as été joueur à l’ASDAM. Comment as-tu connu le club au départ ?
J’ai commencé le foot à l’AS Chèvremont… comme Enzo Eloy (sourire). Ensuite, je suis venu à l’ASDAM par l’intermédiaire de Philippe Faudot qui est un copain de mon père. Son fils Julien était de ma génération et jouait à Danjoutin. Le club était plus structuré et jouait à un niveau supérieur que Chèvremont. Je suis arrivé en U13 jusqu’en U18 où j’ai été, lors de ma deuxième année, surclassé en senior sous les ordres de Francis Lombart, mon tout premier coach. Après, je suis allé à Grandvillars pendant deux ans. L’année où j’ai préparé mon concours du CAPEPS à Besançon, j’avais moins le temps de m’entraîner mais il fallait que je continue à jouer car j’étais évalué sur l’option foot. L’exigence du niveau PH à Grandvillars ne convenait plus. J’ai donc demandé au coach de l’ASDAM de l’époque que je ne connaissais pas, un certain Éric Varin (sic), si je pouvais revenir et ne faire que les matchs du week-end. Finalement, j’ai pu m’entraîner le vendredi et j’ai re-signé pendant un an. Une super saison car on est monté de D1 en PL (l’équivalent de la R3). J’ai empilé les buts (rires) et récupéré le brassard progressivement. L’année d’après, on s’est maintenu et l’année suivante, j’ai été muté à Paris en tant que professeur.
Dans quel état as-tu retrouvé le club lors de ton retour en 2020 ? S’agissait-il de ta première expérience comme coach ?
Au niveau fédéral, oui. Cela faisait déjà une dizaine d’années que j’avais ma section foot dans mon collège d’Hirsingue (68) où j’étais en charge des jeunes (U13 et U15). Avec l’UNSS et les différentes compétitions, j’étais donc déjà dans le milieu du foot. Quand je reviens à l’ASDAM en 2020, rien n’a vraiment bougé en une dizaine d’années : les locaux dans leur jus, les mêmes bénévoles (P’tit Claude, Philippe et Thierry Faudot…) et d’anciens coéquipiers (Anthony Varin). Le groupe ? Je découvre tout le monde hormis quelques joueurs croisés à Grandvi (Samuel Klinguer, Maxime Hildenbrand) et des copains avec qui je suis resté en contact (Nicolas Parisot, Victor Bietry).
Éric Varin, alias Waddle, aidait déjà Cédric Marchetti depuis une ou deux saisons à mon arrivée en 2020. A ce moment-là, il voulait stopper mais a accepté finalement de rempiler comme adjoint à mes côtés. Cela tombait bien car j’arrivais tout seul et je m’entendais bien avec lui. Il connaissait les mecs et m’a fait gagner du temps.

Ta première saison 2020-2021 est stoppée au bout de quelques mois par le Covid… frustrant ?  
Oui surtout qu’elle avait sacrement bien démarré. On était au 4e tour de Coupe de France (élimination contre l’US Châtenois), invaincu en championnat après trois matchs… Le Covid nous a donc renvoyés à la maison et hormis quelques matchs en juin, c’était frustrant.
La montée en R2 s’est construite sur 4 ans : était-ce aussi ta projection ?
Oui, on dit souvent qu’un cycle d’un entraîneur est de 4 ans. Et j’y souscris : la première année, c’est la découverte. Même si perso, j’en ai eu deux à cause du Covid (rires). La deuxième, c’est la construction (recrutement, postes à renforcer, projet de jeu…). La troisième, c’est la consécration. Et la quatrième, c’est la confirmation. Après il faut s’en aller. Mais du coup, j’ai fait deux années de “découverte” et deux années de “confirmation” donc six au total. Cette première saison tronquée m’a donc permis de construire le groupe avec notamment l’appel d’un gardien de but (Matteo Chiesa), des joueurs d’expérience (Nicolas Journet) et des plus jeunes. Par mon boulot, j’ai toujours bien aimé coacher les jeunes. Quand je lance Enzo Eloy en R3, il a à peine 16 ans et bénéficie d’un double surclassement.
La saison 2023-2024 est-elle la plus belle de toute ?
Je suis chanceux car en cinq saisons complètes, quatre sont achevées par un podium : 3e (2021-2022), 7e (2022-2023), 1er et montée (2023-2024), 2e (2024-2025) et 3e (2025-2026). Donc ça a bien tourné. Forcément, la plus belle est celle où on monte. Quand je suis arrivé, j’ai récupéré un groupe de R3 qui avait déjà connu la R2 mais fait l’ascenseur. Mon objectif personnel était donc de remonter et pérenniser le club en R2 au moins une saison. Des doutes pendant la saison ? Oui à cause du parcours similaire de Méziré. En deuxième partie de saison, on ne perd pas un match (seulement trois défaites à trêve) et les victoires sont larges des plusieurs clean-sheets. Mais jamais on ne s’envole et, du coup, on n’a pas de joker. Ce qui nous laisse sous tension. La pression de Méziré à distance nous a donc rendus la saison plus belle. Jusqu’au dernier match et même jusqu’à la dernière seconde. À l’image de la saison, on fait une superbe première mi-temps contre Méziré, on surdomine, on a un pied et demi en R2… avant qu’une blessure et un but nous fassent trembler jusqu’au bout des arrêts de jeu (1-1). D’autant que Méziré était spécialiste pour égaliser dans le temps additionnel. Je n’étais pas bien à la fin. Je me souviens encore de leur occasion à la 93e qui rase le poteau… C’est mon pic émotionnel des six ans.
La qualité des infrastructures t’a-t-elle découragé parfois ?
Cela a contribué à l’usure du poste. Quand il faut aller dans la boue, sur le sable du stabilisé au parc de la Douce, déplacer le matériel… c’est usant. Le synthétique était donc nécessaire. C’est la raison pour laquelle j’ai fait une année en plus. Je ne voulais pas repartir après cinq ans dans la boue et louper le synthé.
As-tu ressenti parfois le manque du terrain comme joueur ?
Bizarrement, non. Je n’ai jamais eu envie de renfiler les crampons. Plusieurs fois, je me suis retrouvé sur la feuille de match (en 14) pour compenser l’absence d’un joueur. Mais sans aucune envie de rentrer. Et je ne suis jamais rentré d’ailleurs. Contrairement à mon homologue de l’équipe D (Florian Mielle) qui, lui, veut rentrer (rires).
La vie de famille est-elle « grignotée » par la vie de coach ?
Oui, clairement. Tu es déjà absent deux soirs dans la semaine et tout le dimanche. Et ce que les joueurs ne voient pas aussi, c’est que le foot continue à la maison. La machine ne s’arrête jamais. Notamment pendant la trêve estivale où c’est le pire moment : téléphone tous les jours pour appeler les joueurs, les licences, la secrétaire… Le téléphone sonne tout le temps. La vie de famille en prend forcément un coup. « Papa, t’es jamais là », « On a fini de manger, t’arrives seulement » me disaient mes gosses. Ma femme déteste le foot en plus. D’ailleurs, les trois personnes ravies de mon arrêt sont bien ma femme et mes deux enfants (Carlo et Paola) qui ont 6 et 9 ans. Ils sont hyper contents (rires).

L’ASDAM est désormais stabilisée en R2. Est-elle à sa place ou peut-elle voir plus haut ?
En six ans, le club a progressé sportivement mais pas que. Partout : infrastructures, dirigeants, école de foot… aujourd’hui, on est donc plutôt dans le haut du tableau régional. Mais le cap suivant est lié à une donnée qu’on ne peut pas négliger : les finances. Quand tu vois le budget de notre club et celui des équipes de R1, c’est incomparable. Le montant des subventions n’a rien à voir. Cela joue pourtant sur l’attractivité et le recrutement d’un club. La R1, au vue du niveau du groupe et moyennant quelques renforts, on peut y aller mais pas plus haut. Financièrement, on ne pourrait pas suivre au niveau National.
L’ambition est-elle compatible avec l’esprit familial du club ?
Pour le moment, on a réussi. Et l’ASDAM ne sera pas prête à renier là-dessus. Il est hors de question de payer des joueurs comme ça se fait ailleurs, de mettre des primes de match pour attirer des joueurs. Les dirigeants ne le feront pas et ils ont raison. C’est ce qui a toujours fait notre force. La preuve : avant l’aménagement du synthétique, on arrivait à recruter des bons joueurs qui venaient pour l’ambiance et l’esprit familial à l’image de Nicolas Journet (ancien joueur de N2), Guillaume Ariri (ex-N1), Mattieu Ephimar (capitaine en R1 à l’ASMB), Rémi Pattarozzi (U19 nat). Ils pourraient jouer plus haut mais restent avec nous pour cette identité-là aussi.
Te verra t-on encore à l’ASDAM l’an prochain ?
Je viendrai toujours voir l’équipe jouer en tant que spectateur, assidu ou pas. Si j’arrive à pas trop me blesser, pourquoi pas jouer en vétérans de temps en temps. Et donner un coup de main pour une manif, faire la touche… si besoin. Je n’ai pas envie de tout couper non plus car, davantage que les matchs et les entraînements, c’est le contact humain qui va me manquer le plus. ■

Son « best of » 😇
Quel est le plus beau but auquel tu as assisté ? 🎯
J’en ai vu des buts. Grâce au site footclub, j’ai d’ailleurs tout l’historique : 113 matchs de championnat, 20 matchs de coupe donc 133 au total. 243 buts marqués en championnat. J’en ai donc retenu deux. Le premier a été inscrit en R3 contre Delle à Andelnans. Coup d’envoi de la deuxième mi-temps, Vianny tire directement et lobe le gardien : but. Même si le gardien est trop avancé, on ne voit jamais ce type de but habituellement. Et le plus beau reste celui de Théo à Lure (ndlr: bicyclette dans la surface façon Ronaldo) en février dernier. Je pourrai ajouter aussi celui d’Antoine Durez à Pont-de-Roide (2021-2022) qui a marqué également sur un retourné acrobatique en dehors de la surface sur un corner.
Le match le plus abouti ? ✅ 
C’est dur… cette année, on a fait un énorme match à Bart (victoire 4-0). Mais cela dépend aussi de l’adversité. Je citerai également le match contre l’ASMB à domicile l’an dernier où il y avait une envie incroyable. On a tenu tête aussi à Morteau-Monteblon (alors en N3) en coupe Bourgogne – Franche-Comté où on les pousse aux tirs aux buts. Il y en a vraiment plusieurs.
Le match le plus honteux ? 🤦‍♂️
Je n’ai pas pris énormément de roustes, de grosses défaites. Il n’y a pas un match où l’on a complètement abandonné en encaissant 7 ou 8 buts ou plus… On s’est toujours battu. Les mecs n’ont jamais baissé les bras. Mais on a pris 2-3 fessées. Cette année, celle face à Baume-les-Dames (défaite 1-4) est pas mal. L’année de la montée, on prend 4-1 à l’US Sochaux tout comme aux Écorses où on prend une belle branlée en coupe ou en championnat je ne sais plus.
Ta plus grande fierté ? 👏
C’est d’avoir atteint les objectifs sportifs : le club est remonté et même installé dans le haut de tableau régional comme le démontrent nos deux podiums en R2. Ma fierté est aussi d’avoir réussi ce pari sans changer l’ADN du club. L’ASDAM que j’ai connue il y a quinze ans et retrouvée il y a six ans n’a pas changé dans son esprit : familial, convivial, buvette, pas de mercenaires tout en continuant à progresser.
Ton regret ? 😔 
On a fait six années incroyables en championnat avec cinq podiums. Mais on n’a pas été bon en coupe. C’est ce qu’il me manque un peu à l’ASDAM : un beau parcours en coupe. On a fait un 4e tour lors de la toute première année contre Châtenois mais derrière, c’est le néant : élimination au premier 2e tour à chaque fois. Soit parce qu’on avait tapé un gros au tirage dès le début mais pas seulement. Il y a aussi des contre-performances contre des équipes inférieures (Larians cette année, Frotey-lès-Vesoul, Les Écorses…). Je regrette d’autant plus quand je vois que Mélisey a joué contre le FC Sochaux et que d’autres équipes ont affronté des équipes prestigieuses au 6e ou 7e tour. On n’a jamais été dans le lot. L’équipe réserve m’a donc comblé sur ce point là avec cette finale à Bonal. Un souvenir incroyable même si je ne coachais pas directement. Il fait partie aussi des pics d’émotion.
Le joueur le plus drôle ? 🤡 Le plus gueulard ? 🗣️ 
Le plus drôle, ce n’est pas dur. Il est en Australie actuellement… c’est le Brandon (Da Felismina). Il m’écrit encore d’ailleurs. C’est un vent de bonheur d’avoir un mec comme ça au sein du club tant il apporte son enthousiasme. Le plus gueulard ? Nicolas Parisot est dur à gérer même si c’est mon copain (rires). Il gueule tout le temps. Bien qu’il se soit assagi. Il se prend le chou avec tous ses adversaires, ses partenaires à l’entraînement… mais pour autant, il m’a préservé et m’a pas trop fait chier. Sauf une fois à Maîche en coupe où il était sur le banc et nous soûlait avec Éric. Plutôt que de nous insulter, il est parti… marcher dans le village (rires). Mais il n’allait pas aller bien loin puisqu’il n’avait pas de voiture. En revanche, il n’y a jamais eu d’engueulades avec les coachs du staff. Je ne suis pas de nature à me prendre le bec avec quelqu’un.

 

Le coach (actuel ou passé) qui t’inspire dans le foot pro ? 📋

Reconnaissons-le, il y en a un qui brille beaucoup (il répète trois fois) en ce moment : Luis Enrique. Lui, c’est le boss. Il fait des trucs que personne ne comprend. Il révolutionne le foot comme l’a fait Pep Guardiola avant lui. Deux Ligues des champions d’affilée… J’aime beaucoup le bonhomme même s’il est un peu fou (sourire). J’aime aussi les coachs français un peu sous-côtés : Bruno Genesio, Franck Haise… tous ces mecs-là, j’apprécie écouter leurs interviews.

Question bonus : comment s’organise-t-on avec un adjoint qui n’a pas de téléphone portable ? 📞 
Waddle refuse catégoriquement (sourire). Et pourtant, on s’appelle tous les jours au téléphone une heure voire deux parfois. Je l’ai plus souvent que ma femme (rires). Nos rapports sont quotidiens et vont me manquer. Pour le joindre, j’appelle donc le fixe à la maison. Une fois sur deux, c’est sa femme qui me répond et elle me le passe quand il est là. Ses deux fils lui ont proposé 100 fois de lui offrir un portable mais rien n’y fait. En cas d’imprévu ? Il répond : « Comment on faisait à l’époque ? Ben je fais pareil ». Le pire, malgré tout ça, c’est qu’il est au courant de tout (sourire).